La Sarkhollandisation au détriment des valeurs - par J. Jeanteur

Publié le par Site du Mouvement Démocrate de l'Aube

La campagne présidentielle atteint un sommet dans la bipolarisation. Les médias ont choisi depuis longtemps les deux finalistes et passent en pertes et profits tous les autres candidats. C’est un déni de démocratie organisé de main de maître par les pouvoirs financiers à qui appartiennent les médias de gauche ou de droite. On parle de temps de parole égal entre tous les candidats, mais on est à environ 90% du rendu médiatique pour le couple Sarkozy-Hollande, avec de toute évidence une exposition beaucoup plus forte du Président-candidat UMP par rapport au candidat PS. A juste titre, François Bayrou a parlé dans son entretien de vendredi avec des lecteurs du journal « le Parisien » de « Sarkhollandisation ». Ces deux candidats qui représentent à peine 50% des électeurs occupent la quasi-totalité de l’espace médiatique. Or « le pays, on va devoir le faire ensemble » dit François Bayrou, conscient du fait que si une majorité forte de français rejette Nicolas Sarkozy, qu’ils ont vu agir pendant 5 ans, il ne reste que deux candidats possibles : François Hollande et lui. Ceux qui ont peur du manque de rigueur dans la réduction de la dette de François Hollande, n’ont comme seule alternative crédible, François Bayrou.

            L’entrée officielle en campagne de Nicolas Sarkozy a ouvert le débat sur les valeurs et a entraîné une radicalisation négative du clivage droite-gauche. Nicolas Sarkozy, soucieux de racoler les électeurs de l’extrême droite a parlé de soumettre à référendum les obligations des chômeurs et le droit des étrangers. De son côté, François Hollande, pour racoller les électeurs de l’extrême gauche a proposé d’ouvrir la procréation médicalement assistée à toutes les femmes « aussi bien les homosexuelles, les pacsées, que les femmes célibataires engagées dans un couple. » Cela complète ses propositions sur l’aide active à mourir, la légalisation du mariage entre personnes d’un même sexe et la possibilité pour elles d’adopter un enfant. La volonté affichée du Président de vouloir rendre la parole au peuple contre les corps intermédiaires tranche avec l’absence de dialogue qui a caractérisé son quinquennat. Les thèmes retenus pour ces deux premiers référendums sont inadmissibles, et pour moi scandaleux. Alors que la priorité doit être donnée à la solidarité, c'est-à-dire à la valeur républicaine de la fraternité, il propose aux français de se déchirer entre eux, de rejeter l’autre, de le marginaliser. C’est proprement odieux et indigne d’un homme sensé être le Président de tous les français. Lors de son forum sur les Solidarités, François Bayrou, porteur du projet humaniste a dit : « Je veux vous dire que l’humanisme est un projet à part entière qui considère que la personne humaine qui se libère des aliénations qu’on lui impose, dans sa liberté, dans la reconnaissance qu’on lui doit et qu’elle doit, dans son bien-être, sa force créatrice, est l’horizon des sociétés dans lesquelles nous vivons…La France est ce pays qui, sous le nom de République, a fait de l’humanisme son idéal national. La république libère de toutes les dépendances et garantit le vivre ensemble. C’est pourquoi elle protège les consciences par la laïcité. La République n’abandonne pas les plus faibles. C’est pourquoi elle construit des sécurités : assurance maladie, assurance vieillesse, assurance accident du travail, assurance-chômage. LA République investit dans l’avenir. C’est pourquoi elle a porté la politique familiale la plus déterminée de tout le monde occidental. C’est pourquoi elle considère que l’école est l’alpha et l’oméga, le commencement et le but de son projet. La République sait que la solidité d’une chaîne se juge à la solidité de son maillon le plus faible, c’est pourquoi elle considère le handicap et la dépendance comme son affaire, la lutte contre la précarité et les discriminations comme son affaire. »

            Vouloir faire porter aux chômeurs la responsabilité du chômage et aux étrangers celle de l’insécurité, c’est odieux et cela doit être dénoncé. Le mouvement ATD Quart Monde cherche à « casser les préjugés sur les pauvres afin que ceux-ci cessent d’être les bouc émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste. » Faire croire que les pauvres ne veulent pas travailler est faux. 64% des chômeurs interrogés dans 8 pays européens déclarent qu’ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier. La France n’est pas plus généreuse que les autres pays européens. Le montant des minima sociaux pour une famille de 2 enfants s’élève à 72% du seuil de pauvreté, contre 76% dans l’Union Européenne. Ils ne progressent pas plus vite que les revenus du travail. En 1988 le RMI équivalait à 50% du SMIC, et en 2012, le RSA équivaut à 42% du SMIC.

            Nicolas Sarkozy veut faire passer les chômeurs pour des fraudeurs et jette la suspicion sur eux. Tous les candidats sont d’accord pour sanctionner les abus. Mais il ne faudrait pas faire croire que les pauvres fraudent plus que les riches. C’est l’inverse. La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 milliards € et concerne, selon la Cour des Comptes, 1% des particuliers. La CNAF estime le taux de fraude à 0,46% pour les prestations familiales, 3,1% pour l’allocation Parent Isolé, 3,6% pour le RMI-RSA. Il faut la comparer à la fraude des prélèvements sociaux estimée entre 8 et 10 milliards €, et qui concernerait 10% des entreprises, et à la fraude fiscale estimée à 30 milliards € par la direction du Budget. Pour plus de précisions sur ces idées reçues sur les pauvres, vous pouvez aller sur www.atd-quartmonde.fr/ideesrecues.

            Entre une course au laxisme sociétal de la gauche de la gauche et une chasse aux pauvres et aux étrangers lancée par la droite de la droite, il y a l’humanisme incarné par François Bayrou qui permet d’espérer en une démocratie apaisée, respectueuse de chacun de ses membres. Son slogan de campagne : «  Un pays uni, rien ne lui résiste. » montre bien cette volonté de ne laisser personne sur le bord de la route. Il l’a redit clairement en ces termes : « En tout cas, la lutte contre la précarité, pour moi, c’est la première des responsabilités qui sont les nôtres si nous voulons que cette société de l’humanisme ait un sens. »

  

Jacques JEANTEUR

                                                                         

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