François Bayrou : La survie de notre pays dépend de notre capacité à produire

Publié le par Site du Mouvement Démocrate de l'Aube

17 février 2012

 

 François Bayrou a répondu aux questions des lecteurs du Parisien, vendredi 17 février.

 

Anne-Marie Robin – À entendre Nicolas Sarkozy, la France se serait mieux sortie de la crise que ses

voisins. Qu’en pensez-vous ?

François Bayrou – C’est une blague ! En 2011, le déficit de commerce extérieur de la France a été de 70Mds€,

alors que celui de la zone euro, c’est-à-dire y compris avec la Grèce, le Portugal ou l’Espagne s’élève à 7Mds€ !

Lorsqu’un pays s’appauvrit tous les mois, les emplois s’en vont. Soixante-dix milliards, c’est l’équivalent du

salaire annuel, avec les charges, de plus de 2 millions de chômeurs à temps plein… Il ne faut pas chercher plus

loin les raisons. On est le seul pays de la zone euro qui soit dans cette extrême difficulté.

 

Henry Eloi Jacob – Comment inciter les consommateurs à acheter français ?

FB – Il suffit de leur donner l’information, pas de les forcer. La survie de notre pays dépend de notre capacité à

produire en France. Il y a dix ans Renault, dont l’État actionnaire, produisait 1,1 million de véhicules sur notre

territoire. Volkswagen en produisait à peu près autant en Allemagne. Aujourd’hui le premier n’en produit plus

que 400 000, alors que le second en produit 1 300 000. Il n’y a jamais eu de stratégie de production nationale en

France. Il faut y remédier en soignant notre image de marque. Ce n’est pas dans le bas de gamme que nous

allons gagner des marchés.

 

Cécile Masson – Vous voulez augmenter la TVA. Cela risque-t-il de freiner la consommation ?

FB – Il y a des années que je répète : attention, l’accumulation des déficits et de la dette nous conduit dans le

mur… Aujourd’hui on y est ! Certains promettent de dépenser plus, d’embaucher… Je vous le dis : personne ne

va créer 60 000 postes dans l’Éducation nationale, par exemple. Tout le monde sait que ce n’est pas vrai. Moi, je

propose d’augmenter la TVA d’un point. Quand la hausse est très faible, elle est absorbée par les circuits de

commercialisation. Je reconnais que ce n’est pas une mesure facile ni populaire. Mais un point d’augmentation

de TVA, c’est le moins que l’on puisse faire.

 

Anne-Marie Robin – Trouvez-vous scandaleux d’imposer une formation professionnelle à des chômeurs,

plutôt que de les indemniser froidement sans aucune perspective ? Je dissocie cette question de l’idée du

président de la République de faire voter cela par un référendum.

FB – Je pense, comme vous, qu’il est tout à fait normal d’améliorer la formation des chômeurs. Mais vouloir en

faire un référendum, cela veut dire : cibler les chômeurs. Il y a 1% ou 2% d’abus chez les chômeurs, mais il y en

a plus dans le monde de la finance ou chez les politiques. Faire porter aux chômeurs la responsabilité, c’est

dégueulasse. Parce que la responsabilité du chômage est chez ceux qui ont laissé grandir le chômage.

 

Cécile Masson – Je suis artisan. Je voudrais employer un senior au chômage pour un surcroît de travail.

Peut-on penser à un contrat spécifique, par exemple, pour deux mois ?

FB – C’est très simple, il faut voter Bayrou parce que dans mon programme, il y a l’idée que, par entreprise, on

peut avoir un emploi sans charges pour un jeune ou pour un chômeur sur deux ans. Votre senior fera ses preuves,

et je suis sûr que vous le garderez.

 

Christophe Dietrich – Les très riches arrivent à optimiser leur déclaration d’impôts, les très pauvres en

sont exonérés. Résultat : l’effort collectif se résume à la classe moyenne. Comment rendre la fiscalité plus

juste ?

FB - J’augmenterai l’impôt pour ceux qui ont les revenus les plus élevés. Je porterai la tranche marginale à 45%,

contre 41% aujourd’hui pour ceux qui déclarent plus de 80 000€ annuels par part. Et je créerai une tranche à

50% pour ceux qui gagnent plus de 250 000€ par part. Ceux qui peuvent plus doivent payer plus.

 

J’ai renoncé à me faire remplacer une dent parce que c’est trop cher et on me dit : "Si vous aviez la CMU,

on vous le ferait." Trouvez-vous normal que ceux qui font le plus d’effort collectif aient le moins de droits

?

FB - Non. Vous avez raison. Je suis frappé moi aussi par le mauvais remboursement des lunettes ou des soins

dentaires. On a besoin de revoir une partie du financement de la Sécurité sociale. J’ai proposé une idée : une

mutuelle universelle obligatoire, comme il en existe en Alsace et en Moselle. Cette mutuelle-là est équilibrée et

offre des compléments de remboursement très importants. Étudions cette piste ! Les classes moyennes ne

doivent pas avoir le sentiment de tout payer et de ne rien avoir comme avantage.

 

Ce n’est pas un sentiment, c’est une réalité.

FB - C’est une réalité.

 

Sébastien Gaudin – Une nouvelle réforme des systèmes de retraite est-elle nécessaire ?

FB - Je soutiens depuis dix ans l’idée d’un régime de retraite par points, plus souple : on saurait à tout moment

quels sont les droits acquis, on pourrait partir à l’âge que l’on veut et on pourrait prendre en compte la pénibilité

d’un certain nombre de métiers. L’avantage de ce régime est qu’il sera forcément équilibré. Il faudra une période

de transition pour l’instaurer, mais elle ne devra pas excéder dix ans. C’est le seul moyen de résoudre la question

de la retraite et de ses injustices.

 

Guillaume Blanc - On propose aux jeunes à bac +5 des postes de bac+3 payés comme des bac+2. Que

proposez-vous pour y remédier ?

FB - Qu’on leur dise la vérité au moment où ils s’engagent dans une formation, en leur fournissant les chiffres

réels de ce qui les attend à la sortie. On évitera un certain nombre de gens qui vont faire des diplômes complexes

qui en fait ne débouchent sur aucun emploi. Je suis même pour que l’on bâtisse une agence nationale de

l’orientation qui dise aux gens ce qu’il en est. Parce que les jeunes ne connaissent pas les métiers. Certains

rejettent les métiers manuels parce qu’ils ne leur donnent pas une image d’épanouissement. C’est la grande

faiblesse de la France. Moi je veux que tout le monde ait droit à une culture générale. Mais il faut une scolarité

adaptée pour ceux qui ne peuvent pas suivre. Je pense par ailleurs qu’il y a trop d’heures de cours. J’ai un petitfils

en seconde, il a 37 heures de cours par semaine. Si vous ajoutez les devoirs, c’est de l’esclavagisme ! On

peut organiser autrement les études.

 

Seriez-vous favorable au retour de l’uniforme à l’école ?

FB - Je n’ai jamais considéré que l’uniforme était une mauvaise chose. On ne peut pas l’imposer, naturellement,

mais on peut le proposer. On n’aurait plus cette course aux marques de vêtements qui est à pleurer quand on

connaît les conditions économiques d’un certain nombre de familles.

 

Anne-Marie Robin - Faut-il régulariser les sans-papiers ?

FB - Il y a quelques jours, un monsieur m’a dit "Je suis là depuis vingt-cinq ans, je suis chef de chantier, j’ai une

famille et je n’ai pas de papiers". Est-ce que c’est une politique qui rend service à la société de maintenir cet

homme au dehors, dans cette forme de clandestinité ? Sous condition de travail, d’insertion, de logement, de

langue, je suis favorable à la régularisation.

 

Guillaume Blanc - Certains jeunes vivent très tard chez leurs parents. D’autres travailleurs ont un

logement précaire ou dorment dans leur voiture. Que proposez-vous ?

FB - Je veux mettre en place une mutuelle obligatoire qui garantira contre les risques d’impayés et supprimera

les cautions. Les locataires s’assureront entre eux et ça ne coûtera pas un euro à l’Etat. Les idées les meilleures

sont celles qui résolvent une question et qui ne coûtent pas.

 

Christophe Dietrich - Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains des mêmes. Que proposez-vous

pour voir émerger de nouvelles idées politiques ?

FB - L’idée qu’on pourrait continuer avec le parti actuel au pouvoir et les mêmes hommes, ou bien que le PS

pourrait avoir tous les pouvoirs, franchement, ça donne envie de se faire naturaliser australien ! La

sarkohollandisation du débat politique, il va falloir qu’elle recule. Quand j’allume ma radio le matin, j’entends

Nicolas Sarkozy et François Hollande qui répond. Ils représentent à peine la moitié des électeurs, et les autres,

comment on les entend ? Je vous avertis : les Français ne se laisseront pas confisquer cette élection. Il faudra

changer les hommes et les pratiques. Je suis favorable à une part de proportionnelle conséquente à l’Assemblée,

tout en maintenant la certitude qu’il y ait une majorité. Je suis pour que les députés n’exercent qu’un seul

mandat.

 

Guillaume Blanc - Admettons que vous ne soyez pas présent au second tour…

FB - Je n’admets pas cette hypothèse ! Si vous entrez sur le ring en vous disant : “Qu’est ce que je ferai si jamais

je perds le combat” vous n’avez aucune chance de gagner. On a failli gagner en 2007. On va recommencer.

Donc, je n’examine pas cette hypothèse.

 

En 2007, j’ai voté Bayrou. En 2012, je n’ai plus la même détermination. En quoi le Bayrou de 2012 est-il

meilleur que celui de 2007 ?

FB - Le Bayrou de 2007, n’était pas un si mauvais candidat, puisque nous avons failli gagner ! Tout ce que

j’avais dit s’est réalisé. J’avais prévu ce qui allait se passer sur les profits qui continueraient, sur la montée de la

dette, etc. Comme le vin, je me suis peut-être bonifié. Je ne suis pas moins pugnace, mais peut être moins

batailleur. Comme vous, les Français ont cru à la rupture promise par Sarkozy en 2007. Or, avant hier-soir, ils

ont vu qu’aucun espoir nouveau n’est apparu. La France a besoin d’unité, pas d’affrontement droite-gauche. Le

bateau a une brèche et, pendant ce temps, l’eau rentre et on nous inviterait à la bataille d’une moitié de

l’équipage contre l’autre, c’est ridicule.

 

Sébastien Gaudin - Vous ne semblez pas en bénéficier dans les sondages…

FB - Si vous écoutez les sondages, n’allez pas voter ! Deux candidats ont disparu en deux jours. Le paysage se

simplifie. Il n’y a que trois candidats éligibles parmi ceux qui restent. Si les gens ont envie de mettre fin au règne

de Sarkozy, il ne reste que Hollande et moi.

 

Catherine May - Quels sont vos secrets pour tenir ?

FB - J’ai une bonne santé et un assez bon équilibre. Mon régime, c’est : des fruits, des fruits et des fruits. Pour

l’équilibre psychique ou affectif, j’ai le bonheur d’avoir une famille et des amis géniaux. Ma tribu est la même

depuis vingt-ans. Ils ont traversé avec moi toutes les difficultés et les déserts.

 

Les réactions des lecteurs du Parisien

Sébastien Gaudin

36 ans

Agent de collectivité territoriale

Colombes (92)

"Je l’ai trouvé honnête et sincère. Il pose un bon diagnostic et ses solutions me semblent solides. J’ai été

intéressé par son idée de mutuelle du logement pour remplacer les cautions. Il m’a inspiré confiance."

Anne-Marie Robin

67 ans

Retraitée

Levallois (92)

"Je pense que cette rencontre influencera mon vote. J’ai apprécié sa vision sociale et humaniste, par exemple sur

le sujet de la régularisation des sans-papiers. Il n’est pas dans les promesses impossibles à tenir."

Catherine May

65 ans

Retraitée

Le Plessis-Trévise (94)

"Il est chaleureux. J’apprécie qu’il ne se contente pas de survoler les problèmes. Je l’ai trouvé très lucide,

capable d’évoquer les limites qui ont été les siennes en 2007. J’avais voté Sarkozy, cette fois je m’interroge…"

Christophe Dietrich

40 ans

Policier et pompier volontaire

Laigneville (60)

"Il a donné des réponses concrètes, ce qui m’a plutôt séduit. Il n’a pas éludé les questions. Maintenant, je vais

regarder ce que disent les autres candidats. Pour le reste, il a le contact facile."

Henry Eloi Jacob

45 ans

Directeur Artistique

Deuil-la-Barre (95)

"Je suis conquis ! Il est brillant. C’est une bête politique. Il donne envie de voter pour lui. L’éducation est son

point fort. J’aime les outsiders."

Cécile Masson

44 ans

Artisan

Clamart (92)

"Il est adorable. Il m’a convaincue sur le produire en France. Il a le sens des valeurs. En revanche, sur la TVA, je

ne suis pas d’accord avec lui. C’est un homme qui aime les racines. Il est entier."

Guillaume Blanc

26 ans

Entrepreneur

Vanves (92)

"Je l’ai trouvé assez généraliste, il n’est pas entré dans les détails, ce qui est un point négatif. Il a la stature pour

être ministre, mais je le trouve léger pour être président."

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