Elections régionales 2010 - article de l'Est Eclair et Libération Champagne du 22 février

Publié le par Site du Mouvement Démocrate de l'Aube

REGIONALES / Les 8 têtes de listes s'affrontent

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Animé, parfois vif, mais toujours courtois, le débat entre les huit têtes de listes aux prochaines élections régionales des 14 et 21 mars a permis de mettre en lumière les priorités, les craintes et les ambitions de tous ceux qui, au soir du deuxième tour, se verraient bien dans le fauteuil de président de la Champagne-Ardenne.

« Je suis stupéfait par autant d’autosatisfaction », devait s’exclamer Jean-Luc Warsmann à propos de Jean-Paul Bachy après que ce dernier se fut appliqué, une heure durant, à défendre son bilan. Le président sortant n’a pas été en reste, accusant le candidat de l’UMP de « mensonge » et de « démagogie » lorsque celui-ci a reproché à la région d’avoir augmenté les frais généraux de la Région de plus de dix millions d’euros en cinq ans et les effectifs de 40 %. « C’est pour payer les agents de l’Éducation nationale que l’État nous a transférés ! » s’est alors exclamé Jean-Paul Bachy.

En tant qu’auteur d’un rapport sur la réforme des collectivités territoriales, Jean-Luc Warsmann devait ouvrir le débat. Il a toutefois préféré axer son propos sur l’emploi, « ma priorité absolue », et sur l’économie pour laquelle il souhaite un investissement plus important de la part de la région. Ce à quoi Jean-Paul Bachy devait répondre que l’emploi relève d’abord des entreprises et de la politique économique du gouvernement.

Jean-Luc Warsmann devait également reprocher au président sortant de ne pas avoir suffisamment travaillé avec les départements de notre région. Là encore, Jean-Paul Bachy s’est inscrit en faux en rappelant qu’il a réussi à fédérer l’ensemble des collectivités autour du projet d’électrification de la ligne 4 entre Paris et Troyes. Et d’accuser la droite de n’avoir « rien fait » pour débloquer ce dossier.

 

« Le recul de la démocratie »

 

Anthony Smith, pour la liste NPA-PG, a trouvé « paradoxal » que Jean-Luc Warsmann fasse de l’emploi sa priorité « alors que l’UMP mène une politique de casse des services publics et de la santé ». Pour autant, il se dit également en désaccord avec les aides aux entreprises accordées par Jean-Paul Bachy, estimant qu’elles n’ont pas réussi à produire de nouveaux emplois. « C’est pourtant ce qui a permis de sauver plusieurs entreprises, dont Cycleurope, et d’aider la Ville de Romilly », devait lui rétorquer le président Bachy qui rappelle la mise en place d’une commission de contrôle des aides aux entreprises.

Pour y avoir participé, Bruno Subtil (FN) considère « qu’elle ne fonctionne pas bien ».

Désireuse de recentrer le débat sur le sujet majeur de l’avenir de la Région, autrement dit la réforme de ses compétences et de ses moyens, Marie Grafteaux-Paillard (Modem) s’est déclarée « surprise » que les autres candidats ne l’aient pas encore évoquée. Elle estime pour sa part que l’on a mis « la charrue avant les bœufs » et que cela reviendra « à un formidable recul de la démocratie ». Cette réforme, ajoute-t-elle, « via un scrutin majoritaire à un tour, risque de faire disparaître les petits partis », et de porter préjudice à la parité hommes-femmes.

Marie Grafteaux-Paillard s’est par ailleurs opposée au cumul des mandats, source selon elle de l’absentéisme de certains élus au conseil régional. « Je partage à 100 % ce point de vue, tant sur le cumul des mandats que sur le mode de scrutin », poursuivait Ghyslain Wysocinski (Alliance écologique indépendante). Mais sa priorité reste bien le monde de l’économie. Son souhait est aussi que cesse cette opposition « entre les entreprises et les travailleurs ». Il refuse « que l’on mette tout le monde dans le même sac », les PME étant aujourd’hui les principales sources de création d’emplois.

Thomas Rose (Lutte ouvrière), plus direct dans la critique, juge les contrôles sur les aides apportées aux entreprises « bidons ». Il considère que les principales préoccupations des gens, dont l’emploi, ne sont pas prises en compte dans cette campagne. Il accuse l’État d’être « le plus gros licencieur de France » avec 86 000 suppressions d’emplois dans l’Éducation nationale. Il rappelle que la Seine-Saint-Denis « explose », mais ajoute que cela pourrait très bien arriver aussi en Champagne-Ardenne.

Éric Loiselet (Europe écologie) juge pour sa part utile de débattre sur la réforme des collectivités territoriales. « Les électeurs vont voter pour ces régionales dans un cadre qui est tout sauf sûr. La collectivité régionale est clairement attaquée. Aujourd’hui, on n’est plus sûr de rien, sauf de la volonté du gouvernement de faire reculer la décentralisation. » Et de s’interroger sur la possibilité pour Jean-Luc Warsmann de mettre en œuvre ses propositions si le gouvernement décide de supprimer pour les conseils régionaux la clause de compétence générale. Il a par ailleurs plaidé en faveur d’une « conversion écologique de l’économie ».

 

« Pour éviter des doublons »

 

Touché au vif par les critiques dont il venait de faire l’objet, Jean-Luc Warsmann s’est appliqué à défendre la réforme des collectivités territoriales. « La décentralisation date de 1982. Elle a permis de faire beaucoup de choses positives, mais elle a aussi multiplié les niveaux et les strates et elle a finalement coûté beaucoup d’argent car on paye plusieurs services qui ont les mêmes missions. »

Jean-Luc

Warsmann défend la mise en place du conseiller territorial qui pourrait, dans quatre ans, remplacer les conseillers généraux et régionaux. « Le conseiller territorial, qui votera le lundi le budget du conseil général, et le mardi celui du conseil régional, aura l’intelligence de ne pas voter des choses qui feraient doublon », ajoute encore le candidat UMP.

Comme pour mieux enfoncer le clou, Jean-Paul Bachy s’est insurgé contre l’existence de doublons et, reprenant le cas de l’électrification de la ligne 4, il rappelle qu’une parfaite coopération s’est établie entre la Région, les présidents des conseils généraux, le maire de Troyes et la maire de Reims.

« Vous avez l’art du camouflage M. Warsmann. Vous accusez la Région alors que le gouvernement ne fait pas ce qu’il faut pour créer de l’activité économique. Vous reprochez aux conseillers régionaux d’être responsables de la situation et aux élus locaux de coûter trop cher », lance le président sortant, interrompu par le député des Ardennes qui l’accuse de « faire de la caricature ». « Non, en confiant la responsabilité des agents des lycées aux Régions, l’État s’est défaussé d’une responsabilité qui est la sienne. D’autre part, en supprimant des emplois dans l’Éducation nationale et dans la santé, ce n’est pas la meilleure façon de favoriser l’emploi dans la Région », décoche Jean-Paul Bachy. Réagissant aux propos de Jean-Luc Warsmann, Marie Grafteaux-Paillard lui demande ce qu’il a apporté aux Ardennes comme président de la commission des lois de l’Assemblée nationale. « Je cherche une cohérence entre le législatif et l’efficacité territoriale », lance-t-elle.

 

La droite et la gauche dos-à-dos

 

Ne souhaitant pas entrer dans ce débat sur la réforme des collectivités, Anthony Smith préfère se concentrer sur ses propositions : le développement massif des sociétés coopératives avec le principe « d’un homme une voix », la reprise d’entreprises, le développement des circuits courts pour favoriser le maintien de l’entreprise paysanne. Pour lui, l’urgence est à la fois sociale et écologique. Quant à la suppression de la clause de compétence générale, il estime que « c’est là un choix politique de la droite pour retirer des compétences aux Régions ».

Bruno Subtil n’est pas loin de penser la même chose. Le leader du Front national considère que s’il y a un changement de majorité en 2012, cette réforme « terminera dans les oubliettes de l’histoire ». Il pense en revanche qu’un mode de scrutin à la proportionnelle à un tour serait « une bonne chose car cela permettrait à toutes les sensibilités d’être représentées. Quant à la situation catastrophique de la Région décrite par Jean-Luc Warsmann, je rappelle que c’était la même chose entre 2000 et 2004 au moment où la droite était au pouvoir. » Et de renvoyer par conséquent la droite et la gauche « dos-à-dos ».

Thomas Rose, reprenant les thèmes chers à Lutte Ouvrière, réclame le contrôle de la population sur l’activité économique, la levée des secrets commerciaux et bancaires. Il met en avant les licenciements annoncés chez Pipper-Heidsick « alors que pendant quinze ans ses ventes ont explosé ».

 

« On ne veut pas de Région croupion »

 

« Mais les syndicats peuvent intervenir en déclenchant le droit d’alerte », coupe Ghyslain Wysocinski. « C’est bidon, car ils peuvent poser toutes les questions. Mais lorsque l’entreprise ferme, ils ne peuvent rien faire. Regardez chez Total ! », rétorque Thomas Rose. D’où sa conclusion que rien ne sera possible tant que les salariés « ne mettront pas leur nez dans les affaires ».

Éric Loiselet prend alors la défense du président sortant. « Je suis en désaccord avec l’extrême gauche lorsqu’elle charge la barque de l’exécutif sortant. Les difficultés de notre Région remontent bien plus loin dans le temps. Les solutions proposées par l’UMP datent du passé et nous amènent dans le mur. »

Revenant à la réforme des collectivités, il se déclare favorable « à une refonte du mille-feuilles et à une vraie simplification mettant en valeur les communes, les intercommunalités et les Régions. Mais pas de cette réforme qui ferait de la Champagne-Ardenne une Région croupion. » Sur ce point précis, Jean-Paul Bachy rappelle que le gouvernement Raffarin avait déjà essayé de donner un nouveau souffle à la décentralisation en 2004.

« Aujourd’hui, ce qui a été fait en 2004 n’a plus de valeur. Le gouvernement veut faire un big-bang. Il faut qu’on l’arrête ! » Si la réforme devait se mettre en place, il explique que le président de la Région ne serait plus élu au suffrage universel. « Cela reviendra à se demander lequel des candidats le plus cumulard présidera la Région… »

Une Région, devait conclure Marie Grafteaux-Paillard, dont la lisibilité « n’est toujours pas évidente ». Elle constate que cette élection ne passionne pas encore le grand public. « C’est le fait que les deux tiers des Français ne font plus confiance, ni à la droite, ni à la gauche. Tant mieux pour le Modem », se réjouit-elle.

Marie Grafteaux-Paillard trouve enfin que l’action du conseil régional n’est pas assez connue « alors que des choses bien y sont faites ». D’où sa conclusion, après une heure de débat, que la Région doit davantage communiquer sur son action…

Leurs perspectives pour le 1er… et le 2e tourr la

 

Jean-Paul Bachy :
« Ma liste est rajeunie à plus de 50 %. Elle ne comprend ni ministre, ni président de commission à l'Assemblée. Pour le second tour, tous ceux qui veulent s'opposer à l'OPA de l'UMP seront les bienvenus. »
 


Jean-Luc Warsmann :
« J'ai constitué une liste pour le 1er tour qui représente tous les bassins d'emploi. Pour le 2e tour, je suis toujours dans une logique de rassemblement. »


Éric Loiselet :
« Ma liste permet de renouveler le personnel politique. Pour le premier tour, nous visons 10 % + X. Et pour le second, nous sommes pour la création d'une majorité de progrès. »


Marie Grafteaux-Paillard :
« Nous espérons dépasser 10 % au premier tour et nous maintenir au second tour. Nous souhaitons vivement une gouvernance démocratique. »


Bruno Subtil :
« Notre objectif est d'atteindre entre 15 et 20 %. Pour le 2e tour, rien n'est fermé de notre côté. Notre but est de gagner la Région. Cela peut passer par une alliance stratégique. »


Thomas Rose :
« Cette élection ne changera rien. Pour le deuxième tour, on verra bien au

soir du premier tour. Ce qui compte, ce ne sont pas les urnes, c'est le troisième tour social. »


Anthony Smith :

« Nous sommes un mouvement porteur d'une dynamique à gauche. Pour le second tour, on proposera une fusion avec la liste Bachy si elle ne fait pas alliance avec le Modem. »


Ghyslain Wysocinski :
« Nous visons au 1er tour 5 % + Y, soit entre 0 et 15 %. Pour le 2e tour, c'est très ouvert. On verra qui veut travailler avec nous et qui nous respecte. »



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